Young-sung Kim, artiste hyperréaliste

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Tout le monde n’est pas adepte de Facebook et pourtant, malgré ses nombreux défauts c’est ainsi que j’arrive à rentrer en contact avec beaucoup de monde et notamment des artistes. C’est donc grâce à Facebook que j’ai fait la connaissance de Young Sung Kim et de ses œuvres d’art. Ses peintures m’ont tout de suite impressionnée ! Ce que je pensais être des photos étaient de réelles peintures hallucinantes de réalisme. Contrairement à ce que certains pourraient penser, cet artiste ne peint pas sur des photos mais photographie, dessine et peint en observant attentivement ses photos. Il s’est exposé récemment avec un maître de son maître, Kim Ku Lim au OCI Museum près de la station Anguk . M’intéressant énormément à l’art , j’ai voulu évidemment en savoir plus… Je tiens à remercier Nina Lee, élève de Terminale du Lycée Xavier, passionnée d’art et de photographie sans qui cette interview n’aurait pu avoir lieu puisqu’elle m’a servie d’interprète.

 

works

Inside Corea : Comment est née votre vocation artistique ?

 

Young Sung Kim : Rien à voir avec ma famille. Mon père était fonctionnaire et ma mère au foyer. Depuis tout petit, je me suis toujours intéressé naturellement à l’art mais c’est vers 10 ans que j’ai pris ma décision : devenir artiste. Petit, je m’intéressais déjà au dessin , à la sculpture puis la photographie a suivi lors de ma première année de lycée lorsque j’ai reçu un appareil photo. Pour mes études universitaires , ma sœur m’avait parlé des deux meilleures options pour l ‘art : l’université de Hongdae à Séoul et les Beaux Arts de Paris. J’ai commencé par des études à Hongdae  en pensant poursuivre à Paris. Mais ,il y a eu le service militaire entre temps ( deux ans) et malheureusement, je n’ai plus eu l’âge d’intégrer les Beaux Arts de Paris : ils n’accueillaient plus les étudiants de plus de 27 ans à l’époque à mon grand désespoir… J’ai reçu beaucoup de notions d’anglais et de français durant mes études mais j’ai tout oublié car je n’ai pas eu l’occasion de pratiquer.

 

 

Inside Corea : Nous avons pu observer une véritable évolution dans vos œuvres . Comment pouvez-vous l’ expliquer ?

 

Young Sung Kim : C’est à l’université que je me suis découvert une passion pour le surréalisme. Une passion que je n’ai pu vraiment assouvir car j’avais trop de devoirs à rendre pour mes cours. Je me suis projeté tout de même dans un projet.  Cela a pris 10 ans… J’ai été très tôt inspiré par les insectes ou petits animaux . J’ai commencé par les dessiner et me croyais bon mais je me suis rendu compte que je n’approchais pas de la réalité. Trop difficiles à dessiner structurellement, au niveau des couleurs et des ombres notamment. J’ai utilisé la photographie pour les étudier plus de manière plus parfaite.

Mes premières œuvres résultent de collages : le côté brillant et foncé informatique reflétaient pour moi une sorte de compression du monde vivant incarné par mes photographies. Il y a une vrai contradiction entre le matériel et le vivant, surtout dans notre société… On ne respecte plus rien : les animaux ne sont plus libres . Ils servent de cobayes, sont utilisés par les zoos ou traités comme des objets … Il en va de même pour les humains, on ne les considère plus en tant qu’êtres humains : on parle à des statuts, à des fonctionnaires, à des physiques…

 

Nothing.Life.Object ,Mixed media,84x72xcm,1996.

 

En ce qui concerne ma série de peintures « Rien – La vie – L’objet » avec des insectes et ses petits animaux, les outils que j’utilise avec eux pour les représenter ne sont pas innocents. Et mes personnages non plus. Un animal ou insecte montre le plus petit auquel nous ne faisons pas attention et pourtant, ils sont tellement importants. Nous oublions de les regarder. Les outils associés qui incarnent notre société de consommateurs, démontre que ces animaux et nous- mêmes par la même occasion, ne sommes pas faits pour être vus (le verre) , enfermés ( le bocal), mangés ( la cuillère ) ou servir d’outils (le boulon)… Nous avons une âme ! Je trouve que la société dans laquelle nous vivons ne laisse que trop peu de place à ces âmes. On passe à côté de l’essence du monde du vivant .

 

Kim Young Sung

 

Inside Corea : L’une de vos œuvres a reçu de nombreuse critiques : on y voit un vrai chat complètement éventré dans un bocal et serti d’une structure moderne. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Young Sung Kim . Je reçois de nombreuses critiques notamment des défenseurs des animaux mais je pense que mon message n’est pas toujours compris et pourtant ma philosophie est la même depuis de nombreuses années. Je ne suis pas affectées par ces critiques donc. En ce qui concerne l’oeuvre avec le chat, j’avais 23 ans . J’étais jeune , inexpérimenté et je voulais choquer et mon message était clair. Malheureusement, le message n’a jamais été expliqué avec l’oeuvre… En Corée, le chat n’est pas le bienvenu et spécialement pour moi. C’est une sorte de prédateur qui s’invite de force dans les maisons dans des buts peu sympathiques…On parle beaucoup du chien en Corée mais on oublie d’évoquer le chat. Le chat est surtout utilisé pour certaines vertus médicinales. Dans certains marchés reculés, on peut toujours en acheter… Je me suis réconcilié avec les chats depuis. Celui que j’ai utilisé vient d’une officine pharmaceutique. Dans mon œuvre polémique, le chat représente l’animal et même l’être humain, un être compressé au quotidien. La structure autour représente une civilisation étouffante qui compresse les êtres vivants incarnés par le chat et cela, jusqu’à la mort.

 

Depuis toujours, je pense que les petites choses bien précieuses sont ignorées. On ne s’intéresse pas à elles . Je veux faire prendre conscience que ces petites choses sont merveilleuse et qu ‘on apprend beaucoup d’elles !

 

Nothing.Life.Object ,Mixed media,70x70x210cm,1995

 

Inside Corea : Travailler avec des insectes ou animaux, ce n’est jamais évident surtout lorsqu’on attend d’eux qu’ils prennent la pose. Pouvez-vous partager un des souvenirs qui vous le plus marqué ?

 

Young Sung Kim :Le plus difficile est surtout de partir à la chasse aux modèles. Mon terrain de chasse est la nature et parfois cela prend du temps pour attraper mes modèles. En ce qui concerne les grenouilles que j’ai peintes, vous remarquerez qu’il y a deux espèces différentes. L’une est très répandue en Corée alors que l’autre est beaucoup plus rare. Il a fallut que j’attende la bonne période, au printemps, pendant la reproduction et que je cherche partout avec attention. Le jour où j’ai réussi à attraper cette grenouille , ce moment était pour moi l’un des plus précieux et des plus exceptionnels. Pour me taquiner, certains amis m’envoient encore des photos de cette même espèce de grenouille quand ils la trouvent au détour d’une promenade.

 

 

Inside Corea : Des artistes vous inspirent-ils plus que d’autres dans votre travail ?

 

Young Sung Kim : J’apprécie surtout les artistes qui ne posent pas de limites à leur projets artistiques et qui sont toujours capable d’aller plus loin, d’expérimenter, d’oser. J’ai beaucoup d’admiration pour eux . Je pense notamment à Kim Ku Lim, Jeff Koontz, Damien Hirst, Chagall et Louis- Marie de Castelbajac notamment.

 

Inside Corea : Quels sont vos projets actuels ?

 

Young Sung Kim : Je suis ambitieux et cherche à faire connaître mes œuvres dans le monde entier. Je suis déjà exposé à New York depuis deux ans, mais ai été également exposé en Suisse, à Singapour et en Chine. L’un de mes rêves serait de pouvoir exposer en France car j’aime la France mais aussi ailleurs ! (N’hésitez pas à me mettre en relation avec des Français qui s’intéresseraient à mon travail  !)

Je commence à vivre assez confortablement de mon art et je compte poursuivre mes œuvres sur les insectes et autres petits animaux jusqu’à mes 50 ans je pense. Je me suis fixé un rythme assez dense de travail depuis quelques années. Je travaille environ 13 heures par jour et ne dors que 5 heures environ. Je suis d’ailleurs très content que m’ayez proposé cette interview car cela me permet de me détendre un peu en votre compagnie. J’ai également un projet de sculptures de photos imprimées en 3D . Je ne souhaite pas non plus me cantonner à un seul domaine. J’aspire à autre chose aussi. Ce qui est sûr, c’est que je serai un artiste jusqu’à ma mort.

 

Capture d_e_cran 2013-06-16 a_ 23.22.04

 

Inside Corea : Un grand merci pour toutes ces informations. Nous continuerons à suivre vos futurs projets de très près.

 

Young Sung Kim : C’est moi qui vous remercie ! Vous êtes les bienvenues dans mon studio quand vous le souhaitez.

 

Facebook : https://www.facebook.com/10vun

Instagram : Y.S.KIM_ART

 

Propos recueuillis par Caroline Boullay

Interprète : Nina Lee

Photographies transmises par l’artiste.

 

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