« PAGE PAR PAGE » LA RUBRIQUE LITTÉRAIRE DE GAËLLE VIOLON (3/8)

ombres 4

 

Suzy Lee est sans doute l’auteur-illustratrice coréenne la plus connue au monde.
Depuis la parution de son premier album en 2002, chacun de ses livres est accueilli avec enthousiasme. Publiée dans un nombre de langues incroyable, elle a su trouver un public grâce à son univers à la fois enfantin, métaphorique et universel.
Difficile de ne parler que d’un livre quand La Vague, Miroir et Ombres sont intimement liés.

 

Ces trois albums sont à la fois très semblables et totalement distincts. Et s’ils traitent d’histoires différentes, ils ont malgré tout des points communs. Tout d’abord leur personnage principal : une petite fille, invariablement vêtue d’une robe, qui trouve toujours le moyen de tromper l’ennui. Elle semble d’ailleurs grandir au fil des livres et fait des découvertes de plus en plus subtiles.
Les illustrations, toutes en bichromie, mélangent le fusain et l’acrylique et font écho au thème préféré de Suzy Lee, la dualité. L’auteur-illustratrice se plait à faire évoluer son personnage entre le monde réel, celui des adultes, où l’on lui rappelle qu’il est l’heure de rentrer ou de manger,  et le monde fantasmé des enfants où l’on peut s’amuser sans tenir compte de ce qui est possible ou non. Pour marquer cette différence d’univers, elle joue à chaque fois avec la reliure du livre.

Les trois albums racontent une histoire qui nous parle à tous. Celle d’une petite fille comme les autres, à la fois effrayée, curieuse et joueuse, qui apprivoise sa peur pour plonger à pieds joints dans l’imaginaire et l’amusement. L’universalité de l’histoire est d’ailleurs renforcée par l’absence de texte. Les illustrations se suffisent amplement.
Dans La Vague, l’enfant, sous le regard protecteur de la mère, découvre la mer et joue avec le renouvellement perpétuel des vagues.
Dans Ombres, elle apprivoise sa peur de l’obscurité et des monstres pour finalement s’en amuser.
Enfin, dans Miroir, album plus psychologique, elle passe outre le fort sentiment de solitude.
Chaque album représente comme un rite de passage. Accompagnée de près ou de loin par une figure parentale, cette petite fille découvre le monde à travers les univers qu’elle se crée.
Dans La Vague, la mère est très peu présente mais on sent malgré tout un regard protecteur et une relation mère-fille très forte (des chaussures identiques, la même coupe de cheveux…). De quoi nous persuader que ce que vit cette petite fille à ce moment-là, se rapproche du rituel et d’autres générations l’ont sans doute vécu avant elle.

En quelques traits d’une simplicité époustouflante, Suzy Lee réussit à croquer et donner vie à un personnage malicieux et attendrissant dans un environnement toujours épuré. Au premier coup d’œil, on devine la curiosité de ce petit personnage, on sent son appréhension, on envie son admiration et on partage son désir de découvrir. Enfin, lorsqu’elle saute le pas, qu’elle se décide à “traverser le miroir”, on vit pleinement son enthousiasme. En tendant l’oreille, on pourrait même l’entendre rire.

A travers cette trilogie, Suzy Lee nous offre, avec une simplicité désarmante, de grandes leçons d’expressivité, de jolies petites leçons de vie et un beau plongeon dans les souvenirs. Car que l’on soit enfant ou non, ces trois livres nous parleront forcément.

 

Site Web de Suzy Lee

 

Pour les couvertures françaises :
Miroir de Suzy Lee © Rouergue, 2009
La Vague de Suzy Lee ©  Kaléidoscope, 2009
Ombres de Suzy Lee © Kaléidoscope, 2010

Covers excepted:
From Wave by Suzy Lee ©2008
Used with Permission from Chronicle Books LLC, San Francisco.
From Shadow by Suzy Lee ©2010

Used with Permission from Chronicle Books LLC, San Francisco
From Mirror by Suzy Lee © Edizioni Corraini, 2003

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