« PAGE PAR PAGE » LA RUBRIQUE LITTÉRAIRE DE GAËLLE VIOLON 7/11

7 novembre 2013
by cni
Littérature, Littérature jeunesse

 

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Mon amie est une princesse (A Necessary princess)

Kong Ji Hee
Collection Matins calmes
Editions Chan-Ok Flammarion
9 €
Roman dès 8 ans

« Mon amie est une princesse » est un court roman (76 pages, 10 chapitres très brefs) qui s’adresse en premier lieu aux lecteurs débutants et principalement aux filles, du fait de son titre et de sa couverture toute rose.

C’est la rentrée des classes pour Song-I. Et comme chaque année, c’est un peu l’angoisse. Avec qui sympathiser pour ne pas devenir la risée de toute la classe, celle qu’on prend systématiquement pour cible ? Heureusement, ce jour-là, une certaine Chun-Hee lui adresse la parole comme si elles se connaissaient depuis longtemps. C’est alors le début d’une belle amitié. Quelques temps plus tard, Chun-Hee confie à Song-I qu’elle est une princesse. Comment la croire ?

Song-I nous raconte son histoire au passé. Le regard qu’elle porte sur cette amitié est très lucide. On se doute donc que c’est en tant qu’adulte qu’elle nous la raconte.
Son analyse de l’école et du rôle que l’enfant doit jouer pour trouver sa place est pertinente.

 

« Je n’avais pas une seconde à perdre, je devais me faire des amis. Mon année scolaire tout entière dépendait de ces premiers jours. »

L’auteur parle avec justesse de cette période qui peut être difficile selon le camp dans lequel on se trouve. De la difficulté de se réadapter à chaque rentrée des classes. De se faire des amis et de trouver sa place dans un groupe. De la dureté des relations entre écoliers et du regard qu’ils portent les uns sur les autres. Toutes ces choses universelles que chacun d’entre nous a sans doute connu au moins une fois et qui, en tant qu’adulte, nous font lever les yeux au ciel.

Kong Ji Hee met également le doigt sur le problème de l’apparence. Dans ce roman, Song-I et Chun-Hee sont de complets opposés. Tandis que la dernière vit comme elle l’entend et se moque de ce que peuvent penser les autres au point de se coiffer et de s’habiller comme un garçon, la première tient à se vêtir et se comporter comme une « vraie » fille pour ne pas s’attirer les foudres de ses camarades. Car les filles, bien plus que les garçons, sont impitoyables entre elles.

Derrière ses dehors enfantins et sa lecture au premier degré, le roman cache un discours réaliste sur la société actuelle et son état de pauvreté. Il le fait cependant sans apitoiement (et parfois même avec humour). Les personnages, peut-être grâce à leur jeune âge, prennent les choses avec philosophie.

« Tiens ? Des galettes incolores ?
– Tu en as déjà mangé ?
– Non, pas de ce genre-là. J’ai déjà mangé des galettes au kimchi et à d’autres légumes, mais des comme ça, jamais. Comment tu as fait pour qu’elles n’aient pas de couleur ?
– Fastoche ! Je ne mets rien dedans, que de la farine, de l’eau et du sel. Goûte ! Tu verras, c’est trop bon ! »

Si certains choisiront de voir en « Mon amie est une princesse » une amitié exemplaire voire extraordinaire, d’autres, quelque soit leur âge, percevront également (consciemment ou inconsciemment) le constat établi par l’auteur sur de la dureté du monde dans lequel on vit. Car Kong Ji Hee prend les enfants pour ce qu’ils sont : des êtres intelligents par défaut, capables de comprendre les choses même si on les suggère.

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