Les pensées de Ryosei 6

J6

Cher lecteur, chère lectrice,Lorsque j’ai quitté Séoul, c’était dans les années 90. La Corée avait déjà ses grandes rues mais n’était pas encore protégée par ses titans d’acier et de verre.Je suis pour les Coréens, anachronique. Un hibernatus. Mes amis coréens m’appellent “araboji”: Grand-père. Et il est vrai que j’aime le thé aux céréales, et mon samsung n’a pas remplacé ma plume et le papier. Je me déplace avec la boussole de mon téléphone et parfois avec ma montre et le soleil.

Le monde d’avant n’était pas aussi connecté, aussi moderne. Finalement, la modernité a affaibli l’être, a affaibli l’humain dans sa chair et dans ses valeurs. La technologie a rendu tout facile. Trop facile. Et je vais vous parler de la Corée des années 90 que j’ai connue.

Je me rappelle des bus, et des trains. C’était convivial et jamais une tête noire, en référence à la couleur des cheveux, ne se serait permise de s’asseoir si une personne âgée, femme ou enfant n’avait pas eu sa place. Les vieux parlaient entre eux, ils rigolaient. Et j’écoutais et parfois je souriais avec eux.

– Hey gamin! Tu viens d’où? Il fait chaud non?
– Près de Daejon, et là-bas, grand père, ce n’est pas le soleil de Séoul!
– Le gamin me prend pour une petite nature! Je suis de Busan, gamin! Et là-bas, on fait des vrais hommes !

Je me rappelle que les ajumas ou almonies, me caressaient les cheveux dans le rue parfois et me donnaient un fruit. Juste parce que leur bon coeur confortait leur impression que j’étais probablement mignon.

Je me rappelle que lorsque je levais ma main devant un passage piétons, les chauffeurs s’arrêtaient. Et parfois même, ils ne perdaient pas patience lorsque je dévorais des yeux et du nez les stands de nourriture bien plus nombreux que maintenant.

Je me rappelle la nuit tombée les gens qui jouaient dans la rue. Les frimeurs de Séoul qui draguaient les midinettes qui montraient leurs chevilles. Et c’était déjà beaucoup !

– Hey petit! Prends 5000, tu prends une fleur, et tu l’offres à l’ agashi. La monnaie est pour toi !

Séoul 2017 est numérique. Nous ne vivons pas ensemble mais à côté. La distance que le numérique a effacée, s’est répercutée sur l’humain.

Je suis le dernier des Mohicans. Et vous? Vous sentez-vous parfois trop vieux et décalé ?

Prenez soin de vous, merci d’avoir lu ma lettre. J’attends la votre en retour.

Votre correspondant R.

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