Jeudi Movie 6 par Yann Kerloch

9 mai 2013
Arts, Cinéma

jeudi movie 5

Le styliste Kim Jee-woon fait sa petite romance

Entre grosse comédie télé (전국노래 자랑) et gros bras (전설의 주먹), toujours pas de film coréen intéressant à voir en salles, à tel point que le meilleur film à voir en ce moment au cinéma est sûrement le français Rust and Bones de Jacques Audiard. Alors allons voir sur Youtube où est diffusé gratuitement, avec sous titre anglais, un bon court métrage récent One Perfect Day사랑의 가위바위보 (30 minutes).http://www.youtube.com/watch?v=pQZEliPEnLs

One Perfect Day est un film sponsorisé par la marque Kolon Sport, donc ayant bénéficié de moyens inhabituels pour un court métrage, et réalisé par un des grands réalisateurs coréens actuels, Kim Jee-woon 김지운. Il a réalisé notamment A tale of two Sisters, Bittersweet Life, The good, the bad and the ugly (surnommé en coréen 놈놈놈 nome nome nome) et très récemment The Last Stand, un film d’action aux Etats Unis, avec Arnorld Schwarzenegger. Mais ce film fut un énorme échec dans tous les pays, Corée, Etats-Unis et France en premier. C’est peut être alors pour d’abord payer les factures, et ensuite revenir à un peu de modestie, qu’il a fait ce court métrage dont la première qualité est effectivement d’être modeste.

Du socketing au “kai bai bo”, B.A. BA de la drague coréenne

One Perfect Day est une comédie romantique sur la quête d’amour d’un employé de bureau lambda, qu’on va appeler Kim, qui est même plus que banal, il est plutôt benêt, voire quand même assez con. Notre Kim teste plusieurs filles au restaurant en rendez-vous arrangé (socketing) et c’est pitoyable. Saynètes immédiatement comiques que l’on comprend sans même un dialogue tellement on a connu ou vu ce genre de rendez-vous (mal) arrangé.

Avec la dernière, même si c’est déjà très mal parti, Kim pousse très loin le malaise en jouant à « kai bai bo » (le fameux jeu feuille, pierre ciseaux dont les coréens sont fous) au pied d’un escalier. Séquence hilarante, où la fille fait exprès de perdre et cherche surtout à déguerpir, et le mec est trop benêt pour saisir à quel point il est lourd. Ensuite notre Kim se souvient que ses parents se sont rencontrés en jouant à kai bai bo, d’où sa croyance que c’est la meilleure méthode de drague. Il se remémore aussi un énorme râteau pris avec une collègue de bureau lors d’un karaoké qui se termine en loose totale. Puis, retour au kai bai bo raté, en mode déprime, tout seul en haut de l’escalier, il recueille un chien perdu. Il trouve sa propriétaire, et avec elle, c’est le coup de foudre.

C’est au pied du mur qu’on voit le maçon

Cette histoire pourrait être sorti d’un petit drama joué à la va vite et filmé par des fonctionnaires. Seulement « c’est au pied du mur qu’on voit le maçon » : un bon réal fait aussi un bon film avec n’importe quelle pierre. Dans l’ensemble, ici, tout est nettement au dessus de la moyenne d’un drama, et la touche Kim Jee-woon se voit toujours dans le style. Kim Jee-woon n’est pas vraiment « un » style, il a « du style », c’est à dire qu’il a toujours changé de genre mais gardé un sens égal de l’élégance, visible également dans les choix d’acteurs toujours impeccable. Le meilleur exemple étant la classe inouïe de Lee Byung-hun 이병현 dans Bittersweet Life.

Ses films ont aussi toujours des pointes d’humour absurde (son premier film est une comédie bien déjantée). Ici, une ajuma fabuleuse fait son jogging en courant à l’envers ! La façon dont elle est inscrite dans le cadre et court à rebours du héros, derrière lui, montre qu’on est pas dans n’importe quel film. Sans en avoir l’air, pince sans rire, l’ajuma exprime la vision de la fille qui s’est embourbé dans un rencard ubuesque avec notre benêt. Dans l’ensemble, une patte de styliste classieux se voit dans le soin apporté aux cadres, parfois magnifiques (ainsi autour de l’escalier) et aux couleurs, idéales pour une comédie romantique. Ce n’est pas une grande oeuvre, mais des petites pierres qui donnent, par la grâce d’un bon maçon, une jolie maison.

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