Interview: Maxime Grosse, photographe

Maxime Grosse, de Nancy à Séoul…

Photographe Maxime Grosse autoportrait

 

Dans cette immense ville de Séoul, nous sommes amenés à faire de nombreuses rencontres et certaines vous marquent plus que d’autres. J’ai rencontré Maxime Grosse il y a trois ans déjà lors de l’un de ses voyages en Corée. Nous avons tout de suite réalisé que nous avions des affinités communes et un intêret pour la Corée et sa société particulièrement développée. Maxime vient de s’installer à Séoul et a intégré l’équipe d’Inside Corea en tant que photographe, réalisateur bénévole. Son histoire au fil de nos rencontres m’a touchée et je suis ravie de le voir ouvrir un nouveau chapitre de sa vie ici , en Corée. Voici un retour sur son parcours qui l’a poussé à s’installer au pays du matin calme.

 

Inside Corea : Bonjour Maxime, pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

 

Maxime Grosse : Je m’appelle Maxime Jae Hak. Je suis né en 1983 dans la région de Kang Won Do en Corée du Sud. A l’âge de 3 ans, ma sœur de deux ans mon aînée et moi, sommes arrivés en France pour être adoptés par un couple de lorrain. C’est ainsi que j’ai grandi et vécu à Nancy jusqu’à la fin de mes études universitaires de psychologie.

 

Inside Corea : Quelle image aviez-vous de la Corée pendant toutes ces années ?

 

Maxime Grosse : A cette période , l’Asie en général n’avait pas éveillé d’interêt particulier chez moi. Cependant depuis l’enfance j’avais la sensation étrange qu’il me manquait quelque chose. J’étais certainement à la recherche de l’effet irritant et puissant du piment, car il m’arrivait de boire du vinaigre pur , chipé dans les placards de la cuisine pour tenter de satisfaire ce besoin. C’est en 2005 que tout commence. Cette année est une année de transition durant laquelle je décide de m’installer à Paris afin de vivre pleinement ma passion pour la photographie . Je commence alors progressivement à m’intéresser à la Corée. Une question d’identité physiologique commençait également à s’immiscer en moi. Il était évident que je ressemblais à un coréen. C’est donc tout naturellement que je suis parti en 2005 pour un premier voyage en Corée qui sera le début d’une série de quatre voyages avant mon installation.

 

Inside Corea : Quelles ont été vos premières impressions ?

 

Maxime Grosse :Je garde deux fortes impressions de ce premier voyage. La première a été le choc de l’anonymat. Je m’explique : en France, mon physique m’avait toujours fait me sentir différent des autres alors qu’en Corée, je pouvais marcher dans les rues sans me faire dévisager. Ma deuxième impression a été un sentiment de colère intense. Mon incapacité à communiquer avec les coréens, cette barrière de la langue, ont généré une profonde frustration dont je ne suis toujours pas remis !

J’ai attendu d’ailleurs huit ans avant d’entamer un second voyage…

corée 1

Inside Corea : Quelle a été votre motivation lors de vos voyages suivants ?

 

Maxime Grosse : Je me suis rendu compte que j’étais rentré dans un processus de reconquête des souvenirs mais je ne parle pas d’appropriation d’une culture coréenne qui ne vit pas et n’existe pas en moi. En parallèle, j’ai développé ma carrière de photographe à Paris qui m’a permis de travailler à l’étranger comme aux Etats-Unis, au Mexique, en Europe. J’ai pu ansi élargir mes compétences de professionel de l’Image et c’est grâce à toutes ces espériences qu’il m’est venu l’idée de réaliser un documentaire sur la Corée. La réalisation de ce documentaire a donc motivé mes voyages dans ce pays à partir de 2013.

 

Inside Corea : Pouvez-vous nous décrire plus précisément le ou les sujets de votre documentaire ?

 

Maxime Grosse : Il s’agit d’un documentaire en trois parties qui combine observations et analyses pour mettre en valeur les contrastes culturels quotidiens de la société coréenne.

La première partie est visuelle essentiellement . Je vous donne un exemple de contrastes que j’ai pu observé. Le confucianisme coréen qui codifie et régit les règles de vie et de respect en Corée en est une illustration parfaite. J’ai beaucoup filmé des personnes âgées travaillant dans la rue jusqu’à des heures indécentes. Quel respect a-t-on pour ces personnes, cette génération qui a construit les bases de cette puissance industrielle qu’est devenue la Corée ? Ces gens qui incarnent la mémoire, ces porteurs de traditions sont oubliés , effacés, écrasés par l’industialisation et la modernité et se retrouvent à se plier en quatre au milieu de la nuit pour ramasser des cartons ou des bouteilles pour pouvoir gagner de quoi survivre. On parle beaucoup de respect en Corée et de respect des anciens notamment … Un vrai contraste entre les propos et la réalité . Le plus respecté ici, c’est malheureusement celui qui a le plus d’argent ! C’est ce type de différences que je cherche à mettre en images afin d’offrir un autre point de vue sur la mutation du peuple coréen et de sa culture.

Capture vidéo documentaire 3

Inside Corea : Nous avons eu l’occasion de voir la deuxième partie de votre documentaire où vous laissez la parole à de jeunes coréens et notamment de jeunes femmes qui partagent leur vision de la société coréenne. Que pensez-vous de cette jeune génération ?

 

Maxime Grosse : Je pense que cette jeune génération a parfaitement été éduquée pour devenir un outil de production efficace. Ces jeunes ont une vie tellement stressante entre études ou professions que cela les empêche de voir et d’entendre ce qui se passe autour d’eux … Pour moi c’est une génération sacrifiée pour maintenir le pays dans une progression économique. Les jeunes se sont repliés sur eux et sont devenus obsédés par leur réussite professionnel et leur apparence physique. Ils en oublient leurs racines , le présent, la quête du bonheur et je m’interroge sur ce qu’ils pourront transmettre à la génération suivante ..

 

Inside Corea : Vous évoquez le futur de la Corée. Quelle vision en avez-vous ?

 

Maxime Grosse : Ma vision se situe entre peine et espoir. J’ai l’impression que la Corée est en train de perdre sa culture, son identité, son corps ( je fais bien sûr référence à la chirurgie esthétique). Peut-être qu’un jour on ne distinguera plus la Corée d’autres pays car elle aura été digérée complètement par un système mondial de globalisation.

En même temps , les Coréens possèdent une réactivité et une proactivité surnaturelles. Ils sont capables de relever de grands défis dans des délais inimaginables. J’espère que leurs échanges de plus en plus accrus avec les étrangers initieront un changement favorable de certaines mentalités.

corée 3

Inside Corea : Pourquoi avoir décidé de vous installer en Corée finalement ?

 

Maxime Grosse : Je suis enfin arrivé à accepter mon corps tel qu’il est. J’ai eu tellement de difficultés à vivre le fait d’être Français dans la peau d’un asiatique. Grâce à mes voyages et à mes différentes expériences, j’ai réussi à accepter ma condition et cette différence . Cela a créé un lien intime avec la Corée et je souhaitais le partager avec ce pays. M’installer ici pour une durée indéterminée est une sorte de défi. Je suis enfin prêt à tester ma compatibilité avec la Corée et les Coréens car, je suis et je resterai avant tout Français.

 

Inside Corea : Quels sont vos projets à venir ?

 

Maxime Grosse : Oh la la ! Ils sont nombreux . Je dois finir la troisième partie de mon documentaire qui s’attachera à montrer l’opposition des métiers artisanaux et de leurs équivalents industriels.

Mais avant tout, il faut que je me mette à apprendre le coréen même si je repousse le moment. Je ne veux pas être un simple étranger aux yeux des coréens.

J’aimerais créer une agence de communication qui permettrait de faire un pont entre l’audace française et la variété des talents coréens.

Je voudrais développer ma carrière artistique et épanouir mes différentes compétences qui sont la photographie, la réalisation, le maquillage, la coiffure, le stylisme… Et qui sait ? Pouvoir ajouter d’autres cordes à mon arc…

Je souhaiterais également développer des collaborations ou des projets artistiques avec des artistes et des personnalités coréennes.

Enfin, j’ai à cœur de réaliser une performance à la DMZ. Je n’en dirai pas plus car c’est un lieu sensible et ce n’est encore qu’un projet …

Capture vidéo documentaire 4

Inside Corea : Une dernière question ! Cela fait un mois que vous êtes à Séoul, que vous manque-t-il de la France ?

 

Maxime Grosse : Sans hésitation,, je peux vous répondre que la clareté et la franchise française me manquent surtout au niveau des relations amicales ou intimes. Etant d’un naturel direct et honnête, il est parfois difficile de comprendre le langage indirect ou les incertitudes des Coréens. Voyons le bon côté des choses, cela m’apprend la diplomatie coréenne !

 

Inside Corea : Un grand merci Maxime d’avoir eu la gentillesse de répondre à nous questions. Nous espérons que vos projets aboutiront .

 

Propos recueilllis par Caroline Boullay

Photos : Maxime Grosse

 

Pour plus d’informations sur Maxime Grosse , vous pouvez vous rendre sur son site : http://www.fashion-corporate.com/

 

 

 

 

 

 

Leave a Reply