Histoire: Piété filiale et Jesa

29 octobre 2016
Histoire

Pour comprendre la société coréenne d’aujourd’hui, il faut retourner dans le passé. Ici, j’aborde la piété filiale et le Jesa. Ce mode de pensée a toujours existé en Corée et régit encore les lois familiales. Pour tenter de comprendre les comportements des coréens dans leur interaction avec la famille et les amis ainsi que leur rapport au travail, je vous invite à lire mon article.

Modèle de piété filiale au centre des lois familiales en Corée

La vie familiale coréenne à l’origine est basée sur le modèle de piété filiale selon les pensées confucianistes de Meng Ke (philosophe chinois du temps de Kongfuzi). La piété filiale est donc l’amour des enfants envers leurs parents mais surtout un fils envers son père. C’est sur base de ce mode de pensée que les femmes coréennes sont maltraitées depuis des siècles. En effet, la femme n’a pas la même place que l’homme selon les traditions. Le père est le centre de la famille. C’est lui qui prend les décisions. Le fils reprendra le “flambeau” lorsque le père décédera. Cependant, la femme n’a pas toujours été maltraitée dans l’histoire de Corée et paradoxalement, elle avait plus de droits sous Goryeo et Joseon. En fait, plus on avance dans l’histoire et moins elle reçoit de privilèges et de droits. Cependant, en règle général, le modèle de piété filiale a toujours existé, laissant la femme toujours “de côté”, agissant suivant un système patrilinéaire (basé sur la relation père-fils). Heureusement, de nos jours, elles militent de plus en plus pour leurs droits et reprennent aussi leur indépendance.

La piété filiale à la coréenne entraine bon nombre de responsabilités entre les générations d’une même famille. Les enfants sont obligés d’obéir d’une manière inconditionnelle. La subordination était le moyen d’expression pour montrer sa loyauté et son amour mais elle a surtout, je crois, rendu les relations enfants-parents, beaucoup plus tendues au fil des siècles. La première loi était de suivre les ordres du père. La seconde loi était de lui faire honneur. La troisième loi était de garder une continuité traditionnelle dans la famille. C’était un principe d’une extrême importance. Malheureusement, je vais blesser plus d’une femme mais le mariage traditionnel coréen était célébré dans le seul et unique but d’avoir un héritier mâle. La plupart des mariages étaient donc des mariages arrangés où les époux et épouses ne se connaissaient même pas. Cette pratique a été abolie dans les années 30.

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Le “Jesa”

Honorer les ancêtres n’était pas qu’une simple pratique religieuse. L’homme avait tout le poids de reconnaissance sur lui. Cette pratique de recueillement devant les tombes et dans la maison enseignait indirectement à l’homme que les morts ne partaient pas réellement et qu’ils étaient toujours présents sous une forme différente (un peu comme les bouddhistes avec la renaissance).

Selon Meng Ke, priver les ancêtres d’une haute renommée familiale dans le futur était un crime impardonnable. La descendance devait donc être en mesure de toujours faire honneur aux ancêtres. De plus, la plus grande importance des fils étaient de “fournir” des héritiers mâles pour perpétuer cette tradition. Pendant l’ère des Trois Royaumes, le fils héritait du domaine familial, ce qui lui permettait de trouver une épouse et d’avoir une famille. Chaque lignée précédente lui apportait donc déjà un statut plus ou moins haut et l’homme avait donc le devoir de monter plus haut dans la hiérarchie sociale pour que son fils et les générations à venir puissent arriver au plus haut de cette échelle. Ce mode de pensée n’a que peu évolué. C’est toujours le cas en Corée. L’honneur familial, être connu et reconnu aux yeux de tous, avoir un statut privilégié et gagner sans cesse plus d’argent, pouvoir subvenir aux besoins des enfants mais aussi des parents et grand-parents, et comme les personnes plus âgées vivent mieux de nos jours, ceci peut être considéré comme un poids financier supplémentaire pour les enfants (ce qui n’était pas le cas dans les siècles auparavant).

Thomas Galant

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