Higi Jung, photographe à la recherche de Frida…

Higi Jung est une jeune photographe coréenne qui s’est associée avec  Seruni Bodjawati, jeune peintre indonésienne afin de travailler sur le sujet suivant : “Frida Kahlo : Amour et Tragédie”

Nous vous présentons sur cette page le travail d’Higi Jung  mais un lien en fin d’article vous permettra d’avoir accès à  leur travail commun (coréen et anglais).

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Démarche de la photographe Higi Jung :

La mort serait l’une des tragédies qui dérange les humains. Parfois, les humains sont forcés de mourir ou choisissent de mourir. Mais, combien de personnes dans le monde pourrait apporter des réponses exactes à la mort. La mort signifie la liberté éternelle dans le temps, que les hommes sont vivants. Montaigne dans ses « Essais » dit qu’anticiper la mort, c’est anticiper la liberté. Il a écrit que la compréhension de la mort nous permet de nous libérer de la soumission et de l’emprisonnement. La mort est une destination dont nous bénéficions tous et personne ne peut aller à son encontre. La question « d’où venons-nous et où allons-nous? » perdurera pendant des générations, tant que l’Homme existera. Seruni Bodjawati qui travaille sur ce projet avec moi dit que « l’humain est un mystère ». Elle s’appuie sur la croyance selon laquelle l’esprit humain est compressé, aussi minuscule qu’une tache de poussière. Tandis que nous pouvons lire les actions humaines physiques, nous ne pouvons pas anticiper où les mouvements de l’âme se dirigent. D’après elle, la tragédie de l’humain est un mystère dans un contexte mental et ce flux d’ inconscience mène à une confusion entre la vie etla mort.

 

Seruni et moi avons travaillé sur ce projet en se basant sur Frida Kahlo qui a dû vivre une vie qui a embrassé la tragédie. Frida Kahlo est né à Coyoaca, au Mexique , en 1907. Frida signifie liberté en allemand. Frida qui aspirait à la liberté, comme son nom l’indique ironiquement, a été confronté à la mort à plusieurs reprises et a subi des interventions chirurgicales 32 fois. Ces tragédies incluent une anomalie congénitale utérine et des fausse-couches. Elle absorbait toutes les souffrances du destin, mais n’a jamais désespéré dans les moments de crises et bien plus, elle affrontait toujours la vie sincèrement. « Deux Frida se battaient en permanence. Une Frida morte et une Frida bien vivante. »Elle allait et venait de la vie à la mort, d’où la coexistence de la vie et de la mort dans ses peintures. Elle a été reconnue comme surréaliste par Picasso, Duchamp et Kandinsky tout en restant attachée à ses racines mexicaines et à son intuition. Elle a dit qu’elle peignait seulement ce qui lui traversait l’esprit, sans aucune autre signification. Elle saigne et est profondément blessée dans beaucoup de ses œuvres. Lorsqu’elle pleurait et désespérait dans la souffrance, son regard devenait clair et fort. Les personnages dans son travail, qui se tiennent calmement avec leurs sourcils sombres, la bouche obstinément close et au visage impassible, semblent plus brillants face à leur malheur et à la mort. La naissance, le mariage et la mort sont les trois faits les plus importants de la vie de Frida. En 1984, le gouvernement mexicain a désigné sa peinture comme trésor national.

 

[…]

 

Frida a peint 55 auto-portraits parce qu’elle était le sujet qu’elle connaissait le mieux. Peut-être qu’elle essayait de prouver son existence à travers ses peintures. De même, j’ai commencé par une photographie auto-portrait <Woman F, 2009>. Les photos <#0 Do not Afraid> et <#1 Spring fever>

sont également mes auto-portraits. J’ai réalisé 8 pièces incluant trois modèles et moi-même. Les nombres suivis par # indiquent l’ordre chronologique du travail créé. Toutes les vies ont des aspects différents ; c’est pour cela que bien que ces symboles # sont attachés à chacune de mes pièces, ils jouent chacun un rôle en se créant leurs propres histoires.

 

Donc, le contexte des histoires relié aux nombres des # n’existe pas vraiment..

La lettre F dans <Women F> est un acronyme de Féminin mais aussi une lettre ouverte qui se tient pour la liberté (Freedom en anglais). A l’époque de mon premier travail, je me sentais malheureuse. Pour moi qui n’avais pas de rêves, le futur était toujours quelque chose de pessimiste et je ne me sentais instable à l’intérieur.

J’avais l’impression que le futur me volait. J’avais besoin de réponses à ma vie qui était pleine de questions. Afin de trouver ces réponses, je devais d’abord me trouver. Je cherchais désespérément mon identité et me dessinait les sourcils épais et sombres de Frida Kahlo sur le visage comme pour me déguiser en elle. J’ai eu l’impression que cela me donnait du pouvoir comme un charme magique. Je voulais avoir le pouvoir spirituel de Frida Kahlo, qui n’a jamais perdu sa voix tout au milieu de sa vie instable qui frôlait la mort en permanence. Elle s’aimait tellement qu’elle aurait même pu échanger sa vie contre la mort. J’ai ressenti que cette partie de ma vie qui me faisait défaut pouvait être remplie par une forte énergie grâce à elle. Puis, après, j’ai commencé à me demander quelle énergie émergerait si je dessinais les sourcils de Frida sur les visages d’autres filles. C’est ainsi que les images des modèles sont devenues une inspiration très importante. Kim Jaehwa et Pertiwi Derajati qui ont été mes modèles pour ce projet ont choisi d’assumer leur vie plutôt que d’être pessimistes ou découragées à propos de leur vie. Cet aspect apparaît comme de la ténacité sur leur visage. En travaillant sur ce projet, les yeux des modèles étaient fermes et tenaces.

Le travail des photos #2, #3, #4 et #7 a été réalisé avec Kim Jaehwa. Les photos #5 et #6 ont été prises à Yogyakarta en Indonésie avec Darajati. Même si les images ont été prises dans différents lieux, elles respectent chacune leur propre histoire et leur propre différence dans le temps. Quand on les assemble, elles développent des histoires de femmes qui représentent les Femmes F et les histoires dans ce projet sont variées mais remplies de cette forte énergie humaine qui aspire à la liberté.

 

Si on me demande ce qui restera de ceprojet sans tenir compte des compositions de notre travail, ce serait l’essence de Frida Kahlo et non sa représentation. Frida Kahlo était un être humain qui a dû vivre sa vie en embrassant l’amour et la souffrance, faisant face à la mort tout en recherchant la liberté. Elle a tracé son existence au milieu de cette ironie entre la vie et la mort dont les réponses nous échappent. Le cheminement du travail de Seruni et du mien pour trouver les réponses à ces questions posées par des vies instables et ambiguëes ne changera pas.

 

Higi Jung

Traduction : Caroline Boullay

Pour plus d’informations : http://ewhogallery.blog.me/150153349987

Et en exclusivité pour Inside Corea, d’autres portraits récents  :

 

 

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Pour découvrir d’autres oeuvres de cette photographe, nous vous invitons également à consulter son compte tumblr : http://raremonariza.tumblr.com/

Copyright des photos : Higi Jung

Merci Higi ^^

 

 

 

 

 

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